ÉVANGILE « Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

HOMELIE

2° dimanche de carême – A

Dimanche dernier nous lisions au livre de la genèse, dans le poème de la création, l’intervention du diviseur, le diabolos en grec, qui vient semer le doute dans le cœur de l’homme, lui fait perdre son esprit filial vis-à-vis de Dieu en lui proposant de devenir son propre Dieu, un rival de Dieu.

Aujourd’hui dans le même livre de la genèse, nous sommes au début de notre histoire, de l’histoire des croyants au Dieu Unique. Il y  a presque 4.000 ans, ça fait bien vieux par rapport à la durée  d’une vie humaine mais c’est bien jeune par rapport à l’histoire des hommes.

Il y a donc quelques 4.000 ans, les pyramides se dressent déjà sur le plateau de Guiseh, lorsqu’en Chaldée, l’Irak d’aujourd’hui, commence la longue marche des croyants : juifs, chrétiens, musulmans dans l’ordre d’apparition sur la scène de l’histoire, les croyants au Dieu d’Abraham, au Dieu unique. Abraham se met en route, non pas seulement physiquement, il en a l’habitude, c’est un nomade, mais il fait un long chemin dans sa tête, dans ses habitudes, dans sa foi. Lui, le vieux chef de tribu incontesté, fait confiance à ce Dieu qui se révèle à son cœur et dont l’accueil suppose qu’il se débarrasse de ses vieilles croyances et de coutumes incompatibles avec Dieu : la plus marquante étant la fin des sacrifices humains, des sacrifices d’enfants. Abraham plonge dans l’avenir, avec comme seul bagage la confiance tout comme le fait aujourd’hui chaque chrétien quel que soit son âge ! Un avenir où Dieu nous bénit, où Dieu nous veut du bien.

Mais le chemin de l’alliance, le  chemin de la foi n’est pas toujours évident. Ce n’est pas facile d’accueillir Dieu tel qu’il est. Son image est souvent brouillée, parasitée par nos propres images, nos désirs, nos phantasmes.

Dans l’évangile de saint Matthieu, Jésus vient pour la première fois de confier à son groupe ce qui l’attend à Jérusalem. Ils sont tellement déboussolés que Pierre prend Jésus à part pour lui faire des reproches : il ne faut plus que tu parles comme ça, si tu es le fils de Dieu, ce que je crois, cela ne pourra pas t’arriver !

Et voici que quelques jours après, 6 jours précise l’évangile, Jésus emmène Pierre, Jacques et Jean à l’écart sur la montagne et laisse transparaître sur son visage la lumière qui dissipe la nuit du doute. Et ils entendent la voix : « Celui-ci est mon fils bien aimé… écoutez le », la même voix, la même révélation, la même épiphanie qu’au jour du baptême dans le Jourdain.

Les voilà en quelque sorte remis sur le bon chemin, en même temps que leur est rappelé le premier des commandements : « ECOUTE ». Arrêtez vos bavardages, prenez un peu de la hauteur, prenez le temps d’écouter. Et après vous pourrez redescendre de la montagne et retrouver votre quotidien.

Il n’aura pas changé votre quotidien, vos questions, vos problèmes seront toujours là, mais votre regard aura changé, vous aurez vu plus loin que les apparences.

Eh bien ce récit de la transfiguration donne tout son sens et son importance à nos retrouvailles du dimanche. Nous répondons à l’invitation de venir à l’écart, de nous mettre à l’écoute et de célébrer la présence de Dieu dont nous apprenons à reconnaître le visage dans nos vies. Sur la montagne «  Jésus s’approcha,  les toucha  et leur dit n’ayez pas peur ! » Dieu s’approche de chacun comme il s’est approché d’Abraham, Dieu se propose et donc s’expose, s’expose au rejet, à l’indifférence comme à la foi.

« Jésus les toucha », on retrouve souvent ce geste dans l’évangile. Jésus les touche, se compromet, se fait solidaire. « Relevez-vous » C’est l’invitation que Jésus ne cesse de faire à tous ceux qu’il rencontre, notamment aux malades,  aux exclus de toutes sortes. Se mettre en route c’est toujours un acte de confiance et d’espérance. On ne connait pas forcément l’itinéraire ni les détails du chemin et pourtant on y va. C‘est comme ça qu’a commencé et se continue la grande aventure des croyants au Dieu unique avec Abraham.

« Ne sais-tu pas que tu es en chemin, écrit saint François de Sales dans le traité de l’amour de Dieu, et que le chemin n’est pas fait pour s’asseoir mais pour marcher ? Il est tellement fait pour marcher que marcher s’appelle cheminer »

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