Saint François de Sales présenté à La Bénite Fontaine
aux paroissiens des douze apôtres.
( 6 oct. 2018)

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Avec l’aimable autorisation de saint François de Sales, je dédie cette présentation à Marie et Joseph, « cette paire hors pair » et pour cela je reprends les mots de sa dédicace du Traité de l’amour de Dieu.
« Très sainte mère de Dieu, vous êtes la plus aimable, la plus amante et la plus aimée de toutes les créatures. L’amour du Père céleste prit son bon plaisir en vous afin qu’un jour vous aimiez son fils unique de l’amour maternel comme il l’aimait éternellement de l’unique amour paternel. Mais ô mère triomphante qui peut jeter les yeux sur votre majesté sans voir à votre droite celui que votre fils voulut honorer du titre de père, lui qui fut votre secours et coadjuteur dans la charge et la conduite de sa petite enfance. Ô grand saint Joseph, époux très aimé de la mère du Bien-aimé ! Hé ! Combien de fois avez-vous porté l’amour du ciel et de la terre entre vos bras, tandis qu’embrassé de doux embrassement et baisers de ce divin enfant, votre âme fondait d’aise lorsqu’il prononçait tendrement à vos oreilles que vous étiez son grand ami, son papa bien-aimé »

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François de Sales est né le 21 août 1567 au château de Thorens aux pieds du fameux plateau des Glières. Ce château n’existe plus, il a été démoli en 1630 sur ordre de Richelieu par les soldats de Louis XIII, pour cause d’opposition politique à la France de Louis de Sales, un frère du saint. Il avait en effet refusé de livrer le château d’Annecy dont il était gouverneur, aux troupes françaises d’occupation. Son père s’appelle déjà François, il a été entre autre officier dans la cavalerie du roi de France. A 37 ans il toujours célibataire lorsqu’il revient au château de Sales, il faut dire que jusque là il n’a eu beaucoup de temps pour penser au mariage. Mais 1559 au mariage de son frère Louis, il remarque une petite fille qui selon la mode du temps est déjà vêtue en jeune femme. Il s’agit de Françoise de Sionnaz qui n’a que 7 ans et qui appartient à une excellente et riche famille qui habite à Groisy à 8 kilomètres de Thorens. L’année suivante, Françoise n’a donc que 8ans, lorsque François de Sales, le père du saint, signe le contrat de mariage avec la petite Françoise mais la belle mère, une maitresse femme, Bonaventure de Chevron Villette exige que son gendre porte désormais le nom de seigneur de Boissy à la place de son nom de Sales. Ce qu’il accepte d’autant plus facilement que le montant de la dot est assez intéressant. La jeune Françoise restera auprès de sa mère jusqu’en 1566, l’année de ses 14 ans où elle rejoindra le château de Sales pour vivre avec son époux. L’année suivante elle attend un enfant pour le mois d’octobre mais il naît prématurément le 21 août 1567. Le bébé est bien fait mais extrêmement délicat, on l’enveloppe soigneusement dans du coton mais il est si fragile qu’on devra attendre une semaine pour le baptême à l’église du village où il reçoit le prénom de François Bonaventure. François comme son père, Bonaventure comme la grand-mère Chevron-Villette. Le père est un peu déçu par l’apparence chétive de ce fils ainé. Ce qui fait dire à un de ses cousins : « Oh oh, mon cousin et ma cousine, vous serez bien inspirés de demander à Dieu d’autres fils pour soutenir votre maison ». Le bébé est aussitôt confié à une jeune nourrice au lait abondant. A 15 mois il est devenu un beau bébé et sa mère décide de s’en occuper elle-même. Les années passent… A 7ans il quitte le château pour rejoindre ses cousins à l’école de La Roche sur Foron puis ce sera le collège chappuisien à Annecy, collège fondé pour former des têtes bien faites, bien pleines et bien organisées pour combattre les idées de la réforme protestante. Avec ses cousins, François est externe, ils sont chaperonnés par le révérend Déage qui accompagnera François toute sa vie. Pour les études universitaires on choisira Paris, mais Paris est en France, il faut une autorisation du duc pour permettre à ses savoyards d’étudier à l’étranger. N’oublions pas que la Savoie est un état indépendant, François est savoyard et le restera toute sa vie. Après Paris ce sera l’université de Padoue qui appartient à la république de Venise. Pourquoi Padoue ? Parce qu’il s’agit de l’une des universités les plus prestigieuses d’Europe. Pendant 3 ans il va y étudier le droit civil et le droit canon. Un jour il tombe gravement malade, on pense que c’est la fin. Par écrit il fait don de son corps à la science car depuis une cinquantaine d’années, à Padoue, les étudiants en médecine pratiquent la dissection mais ils ont du mal à trouver des cadavres, les familles refusent, ce qui oblige les étudiants à déterrer des cadavres récemment ensevelis. François écrit donc : « Je désire une chose quand je serai mort, que vous remettiez mon corps aux médecins pour qu’ils en fassent l’anatomie. Ce me sera un soulagement qu’au moins je servirai à quelque chose au public étant mort puisque je n’ai servi de rien en ma vie ». Heureusement il guérit et arrive enfin le jour de sa soutenance de thèse, la consécration de ses 3 années d’études juridiques et l’obtention du bonnet de docteur en droit civil et droit canonique. Ce que monsieur Déage écrit aussitôt à ses parents, une nouvelle qui comble le papa qui a de grandes ambitions pour son fils. Il faut maintenant penser à rentrer en Savoie après un peu de tourisme en Italie, un matin de printemps 1592 François retrouve son vieux père qui a maintenant 70 ans et sa maman qui est devenue presque aveugle. La préoccupation de monsieur de Boissy, le papa, est d’abord de bien marier son fils. Il a en vue une jeune fille de bonne famille bien pourvue en dot. Les deux pères sont d’accord et organisent une rencontre mais la jeune fille qui attend une parole, une conversation, un regard est complètement déroutée par l’attitude de François qui ne va pas plus loin que les politesses mondaines. Le père est furieux mais il doit se rendre à l’évidence. Il va alors s’activer auprès de ses amis et relations pour que son fils soit inscrit au barreau de Chambéry et devienne sénateur. François passe son examen avec succès. C’est sur le trajet du retour que se produit un étrange événement : à Sonnaz au lieudit les Pérouses son cheval bronche et l’envoie à terre, il se relève et remarque que son épée est sortie du fourreau avec lequel elle forme comme une croix, il n’y prête pas attention mais l’incident se produit encore deux fois, très impressionné par cette triple coïncidence, il aurait déclaré d’après un témoignage à son procès de canonisation :

« Non Dieu ne veut pas que j’embrasse le genre de vie que veut mon père et certes, je n’y ai point d’inclination. Sachez donc que depuis longtemps je veux être d’Eglise. Après ce signe du ciel, sans la crainte de troubler la paix de mon père, je ne différerai plus de lui déclarer mon absolue volonté »

Va alors se présenter une occasion stratégique pour vaincre l’hostilité de son père et flatter sa vanité. Le prévôt du chapitre de la cathédrale vient de mourir, la dignité de prévôt fait de son titulaire le second personnage du diocèse. A l’insu de François on fait les démarches auprès de l’évêque et de Rome, la charge lui est accordée et finalement le vieux père se laisse convaincre et donne sa bénédiction. Voilà son fils prévôt du chapitre qui dans son discours d’intronisation déclare :

« Les préfets des provinces avaient coutume en entrant en charge de former de grands projets pour débuter leur administration par quelque action d’éclat….Voici l’entreprise que je propose : recouvrer Genève, ce siège antique de votre assemblée…C’est par la charité qu’il faut ébranler les murs de Genève, par la prière qu’il faut l’envahir, par la charité qu’il faut la conquérir »

Il est prévôt du chapitre mais n’est pas encore prêtre. Il sera ordonné diacre le 18 septembre 1593 et prêtre le 18 décembre suivant. Il n’est encore que sous diacre lorsqu’il fonde le 1er septembre 1593 la confrérie de la sainte croix. Confrérie qui sera fondée à Chambéry l’année d’après. Et quelques jours après cette fondation, les deux confréries vont se retrouver à Aix en Savoie afin d’y vénérer un fragment de la vraie croix rapporté de terre sainte en 1205 par Pierre de Seyssel. Cette relique se trouvait dans l’église paroissiale de la sainte croix et de Notre Dame. A son ami le sénateur Pierre Favre de Chambéry qui lui demande des détails sur le déroulement du pèlerinage, il envoie une lettre qui dit ceci.

« Le mardi de la pentecôte, Dieu aidant, nous ferons à Aix le pèlerinage convenu. Nous ôterons les souliers de nos pieds car nous regardons comme saint le lieu où nous nous rendons, ce lieu orné du bois si précieux sur lequel Dieu s’est monté à nos pères avec une charité bien plus ardente que dans le buisson de Moïse….Nous entendrons la messe à l’église de la Saint Croix d’Aix, sûrement avant midi. »

Tout se déroula comme prévu, les pèlerins de Chambéry sont allés à la rencontre de ceux d’Annecy à un demi- kilomètre d’Aix, messe chantée à l’église de la sainte croix , prédication assurée par le père Chérubin, capucin, prédication propre parait-il à électriser tous les cœurs. Le lendemain tous les confrères si bien préparés par les exercices de la veille, s’approchèrent de la table sainte et demeurèrent longtemps à l’église en prière. (Tome 1 P.129) Puis il faut prendre la route du retour. Invités par le baron de Cusy, ils acceptèrent d’autant plus volontiers que le chemin sera plus court. François parlera de ce pèlerinage dans son traité paru en 1600 qui s’intitule « Défense de l’étendard de la sainte croix », un livre polémique avec le ministre (= pasteur) protestant De La Faye qui se moquait des catholiques vénérant la croix.

« S’il m’est permis de parler par expérience, quelle dévotion vit-on s’allumer parmi les deux confréries d’Annessi et de Chambéry, alors qu’étant allé en procession à Aix, elles eurent ce bien d’y voir la sainte pièce du bois de la croix, laquelle y est conservée ; personne ne put se retenir de pleurer à la vue de ce précieux gage ». Mais il précise bien « d’adorer le bois c’est une sottise trop extravagante (P.137), nous n’arrêtons nos affections ni à la croix ni aux autres reliques mais nous les employons à la recherche de celui vers qui ces choses nous portent »

Je me suis étendu un peu longuement sur ce pèlerinage, parce que ça concerne notre paroisse et je pense que peu d’entre vous, peu d’Aixois connaissent cette page d’histoire, bien qu’un panneau sur l’escalier qui va de la place Carnot à l’hôtel de ville signale la relique de la croix dans l’ancienne église et le pèlerinage de saint François de Sales en 1594 .
Passons maintenant à une page plus connue : la mission en Chablais. Genève, ville savoyarde, siège de l’évêché, est passé au protestantisme avec la région du Chablais à la suite de guerres avec les Bernois. L’évêque s’est réfugié à Annecy mais le rêve c’est de retrouver le siège épiscopal et de ramener cette région à la foi catholique. Et pour le duc de Savoie c’est une situation intolérable, à l’époque en effet on pense dans tous les états que la religion du prince devait être celle du peuple, aussi en septembre 1594 il somme l’évêque d’envoyer deux ou trois prêtres « solides, ardents et jeunes », dit-il pour rétablir le culte catholique. L’évêque convoque alors l’ensemble du clergé d’Annecy, il expose la situation et lit la lettre du duc. Mais aucun n’est volontaire pour cette mission, alors le prévôt se lève et dit :

« Monseigneur si vous jugez que je suis capable et que vous me le commandez, je suis prêt à obéir et irai volontiers »

L’évêque est soulagé mais apprenant la nouvelle, le père de François saute sur son cheval, va supplier son fils de renoncer à cette mission périlleuse et il se jette aux pieds de l’évêque lui demandant de ne pas confier à son fils cette mission dangereuse. Mais le 12 septembre 1594, deux prêtres quittent discrètement Annecy pour le Chablais : François et son cousin Louis. Ils se rendent à pieds à la forteresse des Allinges qui domine le Chablais et qui est occupée par les soldats du duc de Savoie. C’est de là que partira leur mission et où ils devront rentrer tous les soirs, en effet des prêtres papistes n’ont pas le droit de passer la nuit à Thonon. Quelques anecdotes qui nous montrent les difficultés : sur son passage on se moque de lui, il entend « louche, louche » à cause d’un léger strabisme. Un soir de décembre rentrant aux Allinges, il est poursuivit par des loups et il grimpe dans un châtaignier pour leur échapper. Il se cale entre deux grosses branches mais craignant de s’endormir et de tomber il s’attache avec sa ceinture. Au matin, tout gelé il transporté dans une ferme par des paysans qui bien que protestants soignent ce prêtre papiste. Un autre soir d’hiver, il arrive dans un village avec son cousin, toutes les portes se ferment, pas d’espoir de trouver une place dans une grange ou une étable. Mais à l’écart il y a le four banal où l’on a cuit du pain toute la journée. Relevant leur soutane, les deux cousins entrent en se tortillant dans le four encore tiède…. François se rend compte que la mission piétine, les gens ont l’interdiction d’écouter les prêches catholiques. Alors puisque les gens ne viennent pas à lui, il ira vers eux en mettant par écrit ses sermons et causeries qu’il ira glisser sous les portes. Le premier tract date du 25 janvier 1595 et s’adresse à « ces messieurs de Thonon », ses farouches adversaires. Il faut des copistes pour les recopier aussi dès l’année suivante il les fera imprimer à Chambéry. En février de cette année, Claude Marin, procureur fiscal lui offre une chambre dans sa propre maison, finis donc les retours au château des Allinges et les dangers de la route. Mais pour ne pas indisposer la municipalité calviniste, François ira célébrer sa messe quotidienne de l’autre côté de la Drance au village de Marin. L’hiver précédent le pont de pierre a été emporté, on a installé une passerelle instable avec un trou bouché par une planche. Un matin elle est couverte de glace glissante, c’est donc à quatre pattes qu’il va la traverser. Peu à peu la mission a fait quelques progrès, il peut prêcher à Thonon mais n’a jamais réussi à obtenir un débat public avec les ministres protestants. Les années passent, maintenant à Thonon tout le monde respecte et certains admirent le prévôt, ce qui n’empêche pas de petits incidents comme celui rapporté par Pierre Bouvard au premier procès de canonisation.

« A l’issue d’une prédication à l’église saint Hyppolite de Thonon, un hérétique nommé André Lièvre s’approcha de lui et lui dit : vous prêchez que lorsqu’on vous a frappé sur une joue, il faut tendre l’autre. Si à cette heure je vous donnais un soufflet sur la joue, ferez-vous ce que vous prêchez ? Le bienheureux en souriant lui dit : ami je sais bien ce que je devrais faire mais je ne sais pas ce que je ferai, voulez-vous en faire l’expérience…. Et cet arrogant hérétique se retira tout confus. »

1598 sera sa dernière année en Chablais et le temps de la moisson. De grandes célébrations, les quarante heures de Thonon vont célébrer le retour à l’église de la grande majorité des Chablaisiens.
Il est temps de parler de François de Sales, évêque de Genève. En 1599 il est nommé évêque coadjuteur de monseigneur de Granier déjà âgé et bien fatigué mais il ne sera ordonné évêque que le 8 décembre 1602 à Thorens dans l’église de son baptême. Dès ses premières décisions, il s’affirme comme un évêque conciliaire, le concile de Trente s’est terminé il y a une quarantaine d’années. Il est évêque depuis moins d’un an lorsqu’il convoque un synode diocésain en octobre 1603. L’article 6 précise que

« Désormais tous les ecclésiastiques suivront en tout et partout les décrets du très saint concile de Trente… et nul ne sera dorénavant reçu à l’examen pour être prêtre s’il ne sait exactement les cérémonies de la divine messe selon l’usage de Trente » – Dans chaque paroisse visitée, le curé est enjoint de se procurer dans le plus bref délai le missel du concile.

Il a un grand souci de la formation des prêtres et n’hésitera pas à refuser l’ordination de ceux qu’il ne juge pas apte. Son grand désir était d’ouvrir un séminaire mais il n’a jamais eu l’argent nécessaire. Le grand séminaire d’Annecy sera ouvert en 1688 quelque 60 ans après sa mort, c’est un des premiers séminaires ouvert dans toute la chrétienté. Il a aussi le souci de la formation religieuse de tous les chrétiens par la catéchèse et la prédication. Cette formation étant le rempart contre toutes les hérésies et les déviances. Le même synode précise donc que « tous les curés enseigneront le catéchisme de l’illustrissime cardinal Bellarmin, les dimanches et fêtes à l’heure qui sera jugée la plus propre selon la condition des lieux. »

C’est un évêque qui a visité absolument toutes les paroisses de son diocèse. On a un procès verbal de chacune de ses visites, document très précieux qui nous renseigne sur le nombre d’habitants et l’état du pays. Ces visites se sont effectuées en 1606 et 1607.

« Je monte à cheval pour la visite qui durera 5 mois… J’ai vu ces jours passés des monts épouvantables tout couverts d’une glace épaisse de 10 ou 12 piques, et les habitants des vallées voisines me disent qu’un berger mourut gelé dans une fente de 12 piques en allant à la recherche d’une vache. Ô Dieu, me dis-je, l’ardeur de ce berger était-elle si chaude que cette glace ne l’a point refroidit ? Et pourquoi donc suis-je si lâche à la recherche de mes brebis ? Ô ma chère fille comme j’ai trouvé un bon peuple parmi tant de hautes montagnes. Quel honneur, quel accueil et quelle vénération pour leur évêque. Avant-hier j’arrivais dans cette petite ville de Bonneville tout de nuit mais les habitants avaient fait tant de lumière, tant de fête que tout était au jour ; Ah qu’ils mériteraient un autre évêque ! » (Lettre à la baronne de Chantal, été 1606)

C’est un grand prédicateur. Saint Vincent de Paul dira de lui ; c’est « l’évangile parlant ». Il est invité à prêcher dans les grandes villes du pays voisin, la France, ce qui ne sera pas toujours du goût du duc de Savoie qui craint de perdre un tel sujet, Henri IV ne lui a-t-il pas proposé le diocèse de Paris. Il lui répondra : « Sire, je prie votre majesté de m’excuser, je ne puis accepter ses offres, j’ai épousé une pauvre femme, je ne puis la quitter pour une plus riche » Un de ses auditeurs, conseiller au parlement de Paris déclarera : « Monsieur de Genève m’a fait beaucoup de bien mais en même temps il m’a fait un mal dont je ne guérirai jamais : il m’a dégoûté de tous les autres prédicateurs ». C’est un fondateur d’ordre avec Jeanne de Chantal : l’ordre de la visitation. Il leur donne comme modèle cette page d’évangile où Marie va visiter sa cousine pour l’aider dans sa grossesse et se réjouir avec elle. « Que la visitation se tienne entre les congrégations comme la violette entre les fleurs, basse, petite, de couleurs moins éclatantes. Qu’il lui suffise que Dieu l’ait créée pour son service afin qu’elle donne une bonne odeur en l’Eglise » On retrouve là toute sa spiritualité faite d’humilité et d’amour. « Cheminons par ces basses vallées des humbles et petites vertus. Nous y verrons des roses entre les épines…Surtout j’aime ces 3 petites vertus ; la douceur, la pauvreté d’esprit et la simplicité de vie. Allons, allons tout le long de ces basses vallées » (1605 à la B. de Chantal) « Dieu prend plaisir à vous voir faire de petits pas et comme un bon père qui tient son enfant par la main, il accommodera ses pas aux vôtres et se contentera de n’aller pas plus vite que vous ». « L’un des meilleurs usage que nous puissions faire de la douceur, c’est de l’appliquer à nous même ne nous étonnant jamais de nos imperfections… Les colères, dépits, aigreurs contre soi-même ne sont que de l’orgueil et de l’amour propre, l’un et l’autre troublés de se voir si imparfaits » (V D 205)
Dans la règle de la visitation, il est prévu que les religieuses pourront sortir à tour de rôle pour visiter les pauvres et les malades. C’est une nouveauté tellement révolutionnaire que lorsque la congrégation essaimera à l’étranger, il devra renvoyer les religieuses dans leur cloître, c’était notamment une exigence de l’évêque de Lyon. Ce qui servira de leçon à saint Vincent de Paul qui se gardera bien de donner le statut de religieuses aux filles de la Charité.
C’est un grand conseiller spirituel. Ses conseils sont rassemblés dans l’introduction à la vie dévote, livre qui est sans cesse réédité et qui s’adresse à chacun quel que soit son état de vie.

« Lorsque Dieu créa le monde, il ordonna aux plantes de porter des fruits, chacune selon son genre. Ainsi demande-t-il aux chrétiens qui sont comme des plantes vivantes dans son Eglise, de produire des fruits spirituels, mais chacun selon sa condition sociale et son état de vie. La dévotion, la vie chrétienne, ne saurait être pratiquée de la même manière par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la jeune fille ou par la femme mariée. Non seulement cela mais ces exercices devront s’adapter aux forces et aux devoirs de chacun. Dites-moi serait-il convenable que l’évêque voulut rester dans la solitude comme les chartreux ? Les gens mariés ne pas plus économiser que les capucins ? L’artisan rester aussi longtemps à l’église que les religieux ? Et le religieux s’exposer à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme doit le faire l’évêque ? Cela ne serait-il pas ridicule, inadapté et inacceptable ?….. (VD §20) C’est non seulement une erreur mais c’est une hérésie que de bannir la dévotion de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du foyer des époux. Il et vrai qu’une vie purement contemplative, monastique ou religieuse ne peut-être menée dans ces conditions. Mais il existe bien d’autres formes de dévotion qui sont parfaitement capables de mener à la perfection ceux qui vivent dans le monde. » ( VD ; § 21)

Dans l’introduction du livre, il nous dit qu’il ne prétend pas apporter quelque chose de nouveau mais qu’il le dit à sa manière. Avec les mêmes fleurs on peut faire des bouquets très différents. « Avec les mêmes fleurs la bouquetière Glycéra savait composer des bouquets di divers que le peintre Pausias essayant de l’imiter avec sa peinture s’en révéla incapable. Le Saint Esprit agit de même : l’enseignement spirituel qu’il dispense par la plume et la langue de ses serviteurs est si varié, que la doctrine restant la même, les discours des auteurs diffèrent beaucoup les uns des autres selon la manière dont ils sont composés. » ( VD § 3)
Et parlant du traité de l’amour de Dieu, saint Vincent de Paul dit que c’est « l’échelle de ceux qui aspirent à la perfection. »
C’est un grand écrivain, ses écrits ont contribué à fixer la langue française et il a fondé la première académie de langue française au monde, 30ans avant l’académie française fondée par Richelieu, l’académie florimontane, fleurs des montagnes. Dans une histoire la littérature française au XVI° siècle on peut lire qu’il a été le premier à tirer notre vieille langue française de ses langes. Il doit être placé au premier rang de ceux qui dénouèrent notre langue.
J’arrête là en ayant bien conscience de n’avoir pas suivi les conseils que saint François de Sales donne aux prédicateurs :
« Croyez moi c’est par expérience et une longue expérience que je vous dis ceci : plus vous en direz, moins on retiendra. Moins vous en direz, plus on profitera. A force de charger la mémoire des auditeurs on la démolit. On éteint la lampe quand on y met trop d’huile et on suffoque les plantes en les arrosant outre mesure. Quand un discours est trop long, la fin fait oublier le milieu et le milieu le commencement. Les médiocres prédicateurs sont recevables s’ils sont courts, les excellents sont à charge quand ils sont trop long. »
Tome 2 p. 433-

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