Évangile « Il louera la vigne à d’autres vignerons » (Mt 21, 33-43)
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !’ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
Homélie du dimanche 4 Octobre 2026
27e dimanche du temps ordinaire
Ph 4, 6-9
Mt 21, 33-43
Mon homélie de ce jour a été évidemment inspirée par la visite apostolique du pape Léon XIV en France. Saint Paul nous a dit tout à l’heure : « Frères, ne soyez inquiets de rien mais en toute circonstance, priez et suppliez tout en rendant grâce. »
« Ne soyez inquiets de rien », c’est ce que le pape Léon est venu dire à l’Église de France, à nous chrétiens de France : « Ne soyez pas inquiets, gardez l’Espérance ! »
Nous sommes inquiets depuis plusieurs années de la déchristianisation, de la sécularisation, de la laïcisation chez nous : de moins en moins de pratiquants, de moins en moins de baptême d’enfants, de premières communions, de professions de foi, de moins en moins d’enfants au catéchisme ou de jeunes dans les aumôneries, etc…, etc…, et voilà que le pape est venu nous dire au moins quatre choses : l’Église de France est encore capable de mobiliser les foules, l’accroissement chaque année des catéchumènes est un signe des temps, notre société déchristianisée a de plus en plus soif d’autre chose, d’une vie spirituelle, et enfin l’Église a des choses à dire à notre temps, qu’elle soit écoutée ou non mais sa Parole a un poids.
- Premier signe d’espérance : les chrétiens de France sont encore capables de se mobiliser en nombre dans la joie, la ferveur, l’enthousiasme, la communion: 80 000 jeunes au stade de France samedi soir, 800 000 personnes dimanche sur la place de la Concorde et les Champs-Elysées, personne n’avait imaginé une telle affluence, une telle ambiance sans débordement, tout le monde, même les incroyants ont été stupéfaits. Évidemment dans nos petites communautés chrétiennes du dimanche, c’est tout autre chose, on a parfois l’impression d’une fin de vie. Si nous avons cette impression, pour retrouver le moral regardons tous les rassemblements chrétiens qui montrent qu’un renouveau de l’Église Catholique s’amorce lentement : les rassemblements dans les lieux de pèlerinage comme à Lourdes où il y a toujours de l’affluence ; les rassemblements diocésains pour nous savoyards, c’est ce dimanche à Myans, les rassemblements comme ce week-end avec les Congrès Mission dans différentes villes de France, évidemment les J.M.J. qui rassembleront l’an prochain plusieurs millions de jeunes, etc…
- Deuxième signe d’espérance qui a profondément étonné le pape : le nombre grandissant des catéchumènes, des adultes qui demandent le baptême alors qu’ils viennent de nulle part, n’ayant pas eu d’éducation chrétienne, et le nombre grandissant des jeunes qui entrent en propédeutique, en année de discernement avant d’entrer au séminaire. Je laisse la parole à Mgr Ulrich, archevêque de Paris, commentant ces signes d’espérance dans la Croix de mardi dernier : « Pendant longtemps les autres églises nous ont regardé comme si nous avions perdu la foi. Mais aujourd’hui nous voyons bien que ce n’est pas vrai. La foi a moins d’ampleur sociale mais regardez les catéchumènes, les jeunes en année de propédeutique qui ont doublé. L’histoire n’est pas finie ! Le pape nous laisse un encouragement. Il nous a dit en substance : vous êtes sur un chemin de vraie transformation, n’ayez pas peur de continuer. »
- Troisième signe d’espérance : la soif spirituelle qui grandit dans notre société. Dans notre société matérialiste, de plus en plus de gens et notamment de jeunes étouffent, ils veulent respirer un autre air, ils veulent vivre des valeurs, trouver du sens à la vie, avoir une vie intérieure, ils veulent s’élever vers le Haut, vers ce qui nous dépasse, vers la Transcendance, vers Dieu qu’ils ne connaissent pas et qu’ils voudraient bien connaître, et c’est pour ça qu’ils frappent à la porte de l’Église. Dans son homélie à la Concorde, le pape Léon a analysé cette soif spirituelle qui grandit dans notre société et il demande à nous chrétiens d’y être attentifs et d’y répondre car c’est là notre avenir. Je voudrais citer quelques-unes de ses phrases les plus fortes : « Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours… Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur ressurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous ‘divertir’ afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur… Quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles, mais laissent notre cœur vide ? … L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur… Je vous dis à vous tous : « abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le cœur de Jésus transpercé. Oui vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sècheresse spirituelle. »
- Quatrième signe d’espérance : l’Église a des choses à dire à notre temps, et le pape les a dites, et nous devons le dire même si nous ne sommes pas écoutés. Nous avons des choses à dire sur la fin de vie, le droit à la vie, la dignité humaine, l’accueil et le soutien des plus pauvres, des plus fragiles, sur l’ouverture aux autres, aux autres religions, à l’Europe etc… N’ayons pas peur de parler de tout ça, comme le pape, paisiblement et clairement. C’est encore Laurent Ulrich qui précisait dans le journal La Croix : « Le pape nous a dit : « N’ayez pas peur ! Ce n’est pas parce que ce n’est pas entendu que ce n’est pas attendu, ni parce que ce n’est pas écouté que ce n’est pas nécessaire. Cela encourage à continuer à parler, sans se décourager ! »
Nous chrétiens, ne vivons donc plus dans l’inquiétude mais dans l’Espérance : l’Église que nous sommes continue de porter de beaux fruits et elle en portera encore, la Vigne du Seigneur n’est pas desséchée mais fructueuse, travaillons-la pour qu’elle en porte toujours davantage.
Amen !
