Messe Présidée par Mgr Thibault Verny en présence de nombreux prêtres et diacres
Piste Audio de la présentation par le Père Michel Euler
Piste Audio de l’Evangile lue par Jean-Claude Cumbo et homélie du Père René Pichon. La version texte est ci-dessous.
Piste Audio de la messe entière

Bénédiction du cercueil par les prêtres et les diacres
Homélie de la sépulture du père Emile Allard
Jn 3, 22-30
Evangile de Jésus Christ selon Saint Jean 3, 22-30
Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ; Il y séjourna avec eux, et il baptisait.
Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l’eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser. En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison. Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un juif au sujet des bains de purification. Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
« Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! »
Jean répondit : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, Il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue.
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Émile a fait le choix de cet Évangile surprenant. Je m’attendais à bien d’autres passages, par exemple, celui du bon pasteur, et voilà qu’Émile nous invite avec cet Évangile à nous effacer devant Dieu et devant le Christ comme l’a fait Jean-Baptiste.
Jean nous dit d’abord : « Quand un homme a quelque chose c’est Dieu qui lui donne. » Donc Émile nous dit ce matin : « tout ce que j’ai eu, tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai été c’est Dieu qui me l’a donné, donc rendez grâces à Dieu : voilà pourquoi je ne veux pas de témoignages ni d’hommages, je veux que vous rendiez grâce à Dieu avec moi ! »
Jean nous dit ensuite : « Je ne suis pas le Christ ! mais je suis envoyé devant lui… Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue. » On dit parfois que le prêtre est un « alter Christus… un autre Christ ! » Pour Émile, le prêtre n’est pas un autre Christ mais son envoyé, son représentant, donc son serviteur qui doit s’effacer devant son maître, ou si vous le voulez son instrument. Quand un instrument joue de la belle musique, on ne doit pas louer l’instrument mais le musicien. Si Émile a cherché à jouer la belle musique de l’Évangile, on ne doit pas le louer lui, lui rendre hommage, mais louer le Christ, rendre hommage au Christ.
Nous donc, prêtres et laïcs, nous ne sommes pas le Christ mais ses serviteurs, les instruments par qui le Christ continue d’annoncer l’Évangile, de proclamer la parole à temps et à contre-temps comme saint Paul nous y a invités dans la 1ère lecture (2 Tim 4,1-2). Nous sommes les instruments par qui le Christ continue de baptiser et de célébrer les sacrements.
Nous sommes les instruments par qui le Christ continue de construire son peuple, l’Église avec ses paroisses, ses mouvements, ses communautés, ses équipes de toute sorte qu’Émile a servi en poussant là où Dieu l’a planté comme le dit Saint François de Sales.
Nous sommes les instruments par qui le Christ continue de travailler le monde par son Esprit pour qu’il devienne son Royaume de justice, de paix, de solidarité, de fraternité.
Voilà les quatre missions que le Christ nous demande de remplir humblement, en nous effaçant devant lui, mais surtout dans la confiance car c’est lui qui agit, qui rend fructueux notre travail, c’est lui qui peut faire l’impossible, nous n’avons qu’à faire notre possible. Donc confiance ! Il vient après nous celui qui est plus grand que nous selon Jean-Baptiste (Mt 3, 11b)
Émile a toujours manifesté une grande confiance en Dieu et dans le Christ. Dans les voyages et les pèlerinages qu’il dirigeait, quant on était dans une impasse, face à de grandes difficultés, il répétait toujours : « Inch’Allah, à la grâce de Dieu » et on s’en sortait toujours. Quand on parlait de l’avenir de la foi dans notre société déchristianisée, il faisait le même acte de confiance : « À la grâce de Dieu…. Dieu y pourvoira ! »
Grâce à cette confiance, il a assumé sereinement, je dirais avec une force tranquille, sans excitation, sans inquiétude, son ministère de prêtre. C’est en tout cas l’image que je garderai de lui : celle d’un prêtre qui a rempli avec une force tranquille les quatre missions dont je viens de parler.
Il a proclamé la parole à temps et à contre-temps dans les homélies qu’il soignait et qu’il écrivait ; dans les études bibliques qu’il animait, il a encore animé toute cette dernière année des rencontres sur les Actes des Apôtres ; dans les temps-forts des innombrables pèlerinages et voyages à Lourdes, en Egypte, en Turquie, en Palestine, à Madagascar, en Chine… Et là il aimait que les pèlerins rencontrent les communautés chrétiennes locales pour leur faire voir comme la parole de Dieu était fructueuse chez elles. Il a proclamé la parole en montrant comment de grands saints l’avaient vécu. Et pour lui le plus grand de tous les saints, c’est bien sûr Saint François de Sales qu’il présentait avec passion. Il a proclamé la parole avec les moyens de communication actuels, la radio chrétienne dont il a été directeur plusieurs années, la presse locale comme l’hebdo de Savoie à qui il envoyait chaque semaine un article. Il se réjouissait de voir que la parole de Dieu continue d’être annoncée partout dans le monde même si chez nous en Occident elle est annoncée plutôt à contre-temps mais « Confiance, nous dit Jésus, j’ai vaincu le monde. »
Il a célébré les baptêmes, l’eucharistie et tous les sacrements avec application et avec joie même si dans nos rencontres de prêtres il partageait notre inquiétude de voir que beaucoup d’enfants baptisés ne recevaient pas forcément une éducation chrétienne, que beaucoup d’enfants arrêtaient le catéchisme après la 1ère communion, que beaucoup d’adolescents n’allaient pas à l’aumônerie après leur profession de foi… Cela ne l’empêchait pas de garder confiance en l’avenir de la foi chez nous : « À la grâce de Dieu ! »
En tant que pasteur du peuple de Dieu, et fervent défenseur du concile Vatican II il a encouragé la prise de responsabilités chez les laïcs et aimé la collaboration avec eux dans les services d’Église même si parfois cette collaboration était difficile, même si comme beaucoup d’entre nous il trouvait qu’on perdait beaucoup de temps dans des réunions qui ne servaient à rien. L’Église qu’il a cherché à construire, c’est bien l’Église de Vatican II ouverte sur le monde et non pas une Église qui se replie sur elle-même avec des réflexes identitaires et communautaristes ; c’est l’Église qui s’engage dans la société et dans le monde au service des plus pauvres, au service de la justice, de la solidarité, de la fraternité. C’est pour cela qu’il a accepté d’être aumônier interdiocésain du Secours Catholique ou qu’il a soutenu ou contesté sèchement les élus politiques qui allaient ou non dans le sens qu’il espérait.
Serviteur de la parole, des sacrements, du peuple de Dieu, au service d’un monde meilleur, Émile a dont été le serviteur du Christ qui s’efface devant lui dans l’humilité et la confiance mais aussi dans la joie d’une grande amitié avec lui et avec les hommes : « Quand le marié est avec la mariée, l’ami du marié qui se tient à ses côtés et qui l’écoute est plein de joie » nous a dit Jean-Baptiste tout à l’heure. Émile a vécu cette amitié avec le Christ, l’époux mais aussi une grande amitié avec sa famille, à qui il tenait tant, avec beaucoup d’entre nous, avec tous ceux qu’il invitait chez lui au presbytère, avec tous ceux qui le recevaient chez eux pour de bons repas et de bons moments de convivialité, à sa manière Émile était un bon vivant.
Il nous quitte aujourd’hui en nous invitant, en tout cas c’est ce que je comprends, à être à la fois des serviteurs et des amis du Christ pleins de confiance en lui et en son œuvre dans l’Église et dans le monde pour construire son Royaume Éternel.
Que le Christ Ressuscité l’accueille maintenant en lui disant : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. »
Amen !
René Pichon

2 Commentaires
France
Merci beaucoup merci pour tout
Pour la grâce de ce partage
Nous voici toujours plus conscients du Don d’amour reçu, plus responsables devant ce Trésor confié,
Volontaires et soucieux d’incarner, de partager, à Sa façon, sans modération, sans exception.
Un prêtre qui s’efface ne nous Enseigne t il pas jusque dans, par delà, sa mort ?
Gratitude
France
Qui du prêtre qui s’efface, du prêtre qui transmet
Sinon l’Un, en tout, partout
Sa Création Sa Grâce,
Sa Vie éternelle
Au cœur de l’éphémère se Révèle et se Donne
Encore merci
Pour l’homélie témoignage
Pour L Enseignement en partage