15Évangile « Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait » (Jn 9, 1-41)

 En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! » Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure.

Homélie de dimanche 15 mars 2026
4e dimanche de Carême
Jn 9, 1-41
1 S 16, 1b.6-7.10-13a
Ep 5, 8-14

            Si Jésus guérit l’aveugle-né, c’est pour nous dire qu’il veut nous ouvrir les yeux, nous guérir de tous nos aveuglements, qu’il veut nous aider à vivre avec les yeux ouverts. Qu’est-ce que ça veut dire ?

  • Vivre avec les yeux ouverts, c’est être toujours attentifs, c’est « écarquiller les yeux » pour faire attention, c’est faire attention à ce que l’on fait, ne pas faire les choses à la va vite, nous appliquer pour faire les choses le mieux possible. C’est faire attention aux autres, à leurs besoins pour leur rendre service, faire attention à leur évolution. Souvent nous ne faisons plus attention à nos proches, nous nous laissons endormir par la routine, les habitudes et ils finissent par nous échapper, on ne les comprend plus, nos chemins divergent mais c’est trop tard. Alors faisons très attention à nos proches, à tout ce qui se passe autour de nous.
  • Vivre avec les yeux ouverts, c’est être lucides, voir la réalité telles qu’elle est, ne pas vivre avec des illusions, des rêves, voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, les pharisiens refusent de voir, de reconnaître la guérison de l’aveugle-né et à plus forte raison ils refusent de reconnaître que ce miracle ne peut venir que de Dieu, donc que Jésus est un prophète. Même les parents de l’aveugle-né n’osent pas reconnaître l’intervention divine dans cette guérison et de voir en Jésus un envoyé de Dieu. Tous refusent de voir la réalité pourtant merveilleuse. Tous se bouchent les yeux. Seul l’aveugle-né affirme publiquement : « C’est un prophète ». Quant à nous, gardons les yeux ouverts en acceptant de voir la réalité surtout quand elle nous bouscule, nous dérange, nous invite à vivre autrement, à nous remettre en cause. Et surtout regardons les autres tels qu’ils sont, acceptons-les tels qu’ils sont et non tels qu’on voudrait qu’ils soient. Aimer, c’est accepter son conjoint, ses enfants, ses collègues, ses proches tels qu’ils sont !
  • Vivre avec les yeux ouverts, c’est être clairvoyants, être capables de voir le meilleur dans ceux qu’on rencontre, de ne pas en rester aux apparences trompeuses souvent négatives, de voir ce qu’ils ont dans le cœur et de les aider à faire émerger ce meilleur d’eux-mêmes. « Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » disait la première lecture. C’est ce que Jésus a su faire. Il n’a pas vu en Zachée un publicain, un voleur, un pécheur, mais un homme capable de donner la moitié de ses biens aux pauvres. Il n’a pas vu en Marie-Madeleine une pécheresse publique mais celle qui allait devenir la disciple la plus fidèle présente au pied de la Croix avec Marie et Jean, et la première témoin de la Résurrection.

Il n’a pas vu en Saint Pierre un renégat qui l’a renié trois fois mais le premier des apôtres capable de lui dire : « Tu sais tout Seigneur, tu sais bien que je t’aime » Il n’a pas vu dans le bon larron un brigand qui mérite d’être condamné mais un croyant à qui le paradis est promis : « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ! »

Avoir les yeux ouverts sur les autres, c’est avoir assez de clairvoyance, de finesse, de perspicacité, de foi pour voir le positif qu’il y a chez les autres et assez d’amour pour les aider à faire surgir le meilleur d’eux-mêmes dans toute leur vie ! 

  • Vivre avec les yeux ouverts, c’est être lumière comme l’a dit Saint Paul dans la deuxième lecture, c’est mettre de la lumière sur les évènements de notre vie pour y voir des signes de Dieu, des manifestations de Dieu. « Frères, autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. » Nous avons souvent l’impression que notre vie est banale, vide, routinière, que rien d’important ne se passe. Or chaque jour Dieu est là dans ce que nous vivons, dans tous les évènements surtout les plus importants, il nous fait signe par ces évènements.

Mettre de la lumière sur les évènements de notre vie c’est les voir comme manifestations de sa Présence, de son aide, de son soutien, de son amour, de sa volonté, du coup notre vie devient lumineuse, notre vie ordinaire devient extraordinaire. Pour qu’il en soit ainsi, pratiquons ce qu’on appelle la relecture de vie. Régulièrement, tous les soirs, si possible, arrêtons-nous pour nous demander : « qu’est-ce qui s’est passé dans ma vie aujourd’hui ? Quels ont été les moments importants, les belles rencontres, les belles actions, les réussites, les échecs, les moments douloureux, les épreuves etc…  Qu’est-ce que Dieu m’a dit à travers ça, qu’est-ce qu’il m’a donné comme aide, comme force, comme leçon de vie, quels appels m’a-t-il lancés, quel merci puis-je leur dire, quel pardon lui demander, quelle grâce puis-je attendre de lui ? » C’est cette relecture de vie que fait Marie après la naissance de Jésus : « Marie retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ! » Pour être lumière, retenons tous les évènements de notre vie et méditons pour qu’ils deviennent lumineux ! 

  • Vivre les yeux ouverts, c’est ouvrir les yeux du corps sur le réel, sur les évènements, sur le visible, mais c’est aussi ouvrir les yeux du cœur sur l’invisible. « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux » disait Saint-Exupéry. C’est ça la foi : voir l’invisible, voir que Dieu est là dans notre vie, qu’il nous donne de la force, du courage, de l’amour, de la paix, de la joie, de la confiance, de l’espérance. Alors oui ouvrons nos yeux pour voir tout ce qui est visible et ouvrons notre cœur pour voir l’invisible, pour ressentir en nous la Présence de Dieu et la reconnaître, pour nous prosterner devant le Seigneur comme l’aveugle-né et dire comme lui publiquement : « Je crois, Seigneur ! »

Amen !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.