Évangile « Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5, 1-12a)

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

QUATRIEME DIMANCHE ORDINAIRE/ A. St Félix, Entrelac le 01/02/26

Ce dimanche, Matthieu nous présente le sermon de Jésus sur la montagne. Le sermon sur la montagne est un des textes les plus célèbres de l’Evangile de Matthieu. Dans ce passage, Jésus monte sur montagne pour enseigner à ses disciples les valeurs du royaume de Dieu. Matthieu place ce discours de Jésus en quelques endroits des collines qui bordent le lac de Tibériade. Mais il parle bien d’une montagne pour rappeler le Mont de Sinaï où Moïse avait reçu la Loi (Ex 19). Il faut comprendre dans ce premier discours que Matthieu présente le Maître qui donne à Israël et à tous les hommes, la Loi nouvelle et définitive. La formule « on vous a dit… mais « moi je vous dis » reviendra six fois pour souligner l’opposition entre la Loi de Moïse et la nouvelle loi. Mais il ne faut pas se tromper sur le sens de ce mot : Loi. En effet la Loi, ce ne sont pas d’abord les commandements, mais l’enseignement de Dieu.

Heureux ! Ce paragraphe nous présente le nouveau peuple de Dieu à qui est donnée la Loi. Ce nouveau peuple, c’est bien celui que le Christ a choisi et sur qui Dieu porte son attention particulière. Heureux es-tu car c’est à toi que Dieu a confié ses paroles (Dt 33,29 ; Ps 144, 15 ; Ba 4,4). Et voici que d’emblée l’Evangile nous parle d’un autre peuple de Dieu, non plus les 12 tribus de Jacob avec leur terre, leur langue et leurs frontières, mais le peule de ceux que Dieu va chercher à travers toutes les nations du monde. Ce nouveau peuple de Dieu, ce sont les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont désorientés, ceux qui ont faim, persécutés pour la justice à cause de leur foi.  Matthieu nous présente huit béatitudes tandis que Luc dans son Evangile, nous en présente trois, en parlant des pauvres, ceux qui ont faim et ceux qui pleurent. Mais retenons que le thème développé reste le même. La différence principale entre Matthieu et Luc vient du fait que leurs béatitudes s’adressent à deux groupes différents.

En effet Luc nous les présente comme Jésus les a proclamées en s’adressant à des gens du peuple, parce qu’il fait partie de ce peuple en question. Il leur parle sans détours et sans nuances comme les prophètes. Matthieu par contre, se tourne vers son auditoire chrétien, à une église qui s’étend à plusieurs groupes sociaux où sont réunies les communautés de milieux divers : esclaves, gens simples et riches. Matthieu contemple en eux, les merveilles que Dieu accomplit à travers les paroles que Jésus leur adresse : Heureux ceux qui ont reçu mon esprit, car ils verront Dieu. Et il ajoute à la liste « les artisans de paix » et « les cœurs purs ». Pour Luc, l’évangile doit être prêché d’abord aux groupes sociaux moins considérés et qui ont plus de difficultés, mais Matthieu lui, nous rappelle notre vocation et nous montre comment nous rendre dignes de Dieu qui nous a choisis : ceux qui sont « heureux » ne le sont pas parce qu’ils souffrent, ils le sont parce qu’on leur ouvre le Royaume des cieux ; ils sont persécutés parce qu’ils vivent selon l’Evangile, certes on ne peut pas vivre selon la Parole de Dieu sans souffrir…

Frères et sœurs, pour bénéficier le Royaume de Dieu, le message de l’évangile de ce jour nous invite à cultiver et à développer des attitudes qui portent une attention aux pauvres et aux opprimés. Le Pape Léon XIV à la suite de ses prédécesseurs, dans son Exhortation Apostolique (Dilexi te) sur L’AMOUR ENVERS LES PAUVRES, a mis en exergue l’obligation de prendre soin de ceux-ci. Dans la Bible, l’Ecriture manifeste avec une intensité, l’amour de Dieu à travers la protection des faibles et des moins fortunés, que l’on pourrait parler d’une sorte de « faiblesse » de Dieu à leur égard. On peut penser à l’Exode au moment où Dieu libère un peuple opprimé dont il entend le cri. Et la « pleine réalisation » de cet amour prioritaire pour les pauvres, c’est la personne de Jésus. Le Pape rappelle que, même si le Christ n’a pas connu la misère, il est né dans une famille pauvre (§ 20) avant de connaître la violence et l’exclusion au moment de sa passion (§ 19). Jésus « se manifeste donc comme Celui, aujourd’hui qui dans l’histoire, vient réaliser la proximité aimante de Dieu, qui est avant tout une œuvre de libération pour ceux qui sont prisonniers du mal, pour les faibles et les pauvres ». Le Pape se montre très lucide sur le fait que la religion peut concourir à marginaliser les pauvres, en accentuant la honte qui pèse sur eux (§§21-22). C’est pourquoi « l’Eglise, si elle veut être celle du Christ, doit être l’Eglise des Béatitudes, l’Eglise qui fait place aux petits et qui marche pauvre avec les pauvres, le lieu où les pauvres ont une place privilégiée » (§ 21). L’Apôtre Paul ce jour, dans sa 2è lettre aux Cor attire notre attention sur le choix de Dieu : « ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi… ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est ». Voilà les valeurs de l’Evangile que nous sommes inconditionnellement invités à avoir dans notre vie de foi. Que notre vie à la lumière des valeurs de l’Evangile, l’Eucharistie que nous célébrons, le pain des pauvres ouvre nos esprits sur l’essentiel qui est l’altérité et l’amour envers les opprimés et les pauvres. Amen !

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