Évangile « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Homélie du dimanche 30 Août 2026
22e dimanche du temps ordinaire
Mt 16, 21-17
Jr 20, 7-9

             « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ! » C’est régulièrement que Jésus nous invite à prendre notre croix mais aujourd’hui je voudrais méditer sur cette parole à partir de la réflexion de Sainte Thérèse de l’enfant Jésus qui disait : « La Croix que l’on traîne est plus lourde que la croix que l’on porte. » Prendre notre croix à la suite de Jésus, c’est donc la porter et non la traîner.

  • Traîner sa croix, c’est tout faire à contre-cœur, c’est faire ce qu’on a à faire, notre travail, nos activités, nos démarches, nos rencontres en rouspétant, en nous plaignant, en maudissant la vie et même en maudissant Dieu : « encore ce travail à faire… encore ces collègues à supporter… encore ces papiers à remplir… encore cette démarche administrative… encore ce problème… la vie est insupportable… Pourquoi Dieu ne fait rien, pourquoi ne m’aide-t-il pas … Il aurait pu rendre la vie plus agréable etc… etc… Plus on rumine de telles réflexions, plus on s’enfonce, plus la croix est lourde et écrasante.

Porter sa croix, c’est tout faire avec cœur même ce qui est dur et pénible, c’est mettre de l’amour, de l’application dans ce qu’on fait, c’est chercher à aimer ce qu’on fait et ceux avec qui on le fait. Quand on met son cœur dans ce qu’on fait, c’est tout de suite plus léger, plus facile, portons donc nos croix avec amour !

  • Traîner sa croix, c’est faire ce qu’on a à faire sans savoir pourquoi, sans connaître le sens de ce qu’on fait, sans savoir à quoi ça sert. C’est ce que j’entends souvent dans la vie professionnelle quand les employés disent : « On nous met la pression… Il faut travailler toujours plus et toujours plus vite, mais on ne nous dit même pas pourquoi, à quoi on sert, à quoi à qui on est utile, du coup on est démotivé, on n’a pas d’élan, on travaille machinalement mais c’est pesant, il n’y a pas d’âme, on subit. »

Porter sa croix, c’est donner du sens à tout ce qu’on fait, c’est dire : « voilà pourquoi je fais ça, à qui je rends service, en quoi je suis utile ! » Quand on se sent utile, ça va tout de suite mieux, on retrouve la motivation, le souffle, même le travail pénible devient léger et même agréable, portons donc nos croix en leur donnant du sens.

  • Traîner sa croix, c’est bien sûr traîner sa vie comme un fardeau, la subir, tourner en rond, alors que porter sa croix, c’est prendre sa vie en main, aller de l’avant, se donner un but, réveiller sa volonté, son courage, son énergie pour l’atteindre coûte que coûte. Quand on a un but et la ferme volonté de l’atteindre tout va mieux !
  • Traîner sa croix, c’est vouloir la porter seul, c’est s’acharner à essayer de la porter alors qu’elle nous écrase, on n’y arrive pas mais on ne veut pas se faire aider, on ne veut pas que ce soit dit, on se croit plus fort qu’on est, on est trop fier, trop orgueilleux, pour demander l’aide des autres ou l’aide de Dieu. Porter sa croix, c’est au contraire accepter l’aide des autres comme Jésus a accepté l’aide de Simon de Cyrène pour porter sa croix. C’est surtout accepter, demander l’aide de Dieu, c’est oser crier au secours, c’est redire sans cesse ce que les prêtres et les religieux disent au début de tous les offices : « Dieu, viens à mon aide, Seigneur à notre secours ! » La tradition spirituelle chrétienne a toujours affirmé que Dieu ne permettra jamais que des épreuves, des croix nous tombent dessus alors que nous n’avons pas la force de les porter ! Mais en même temps elle a toujours affirmé que cette force était un don de Dieu qu’il fallait demander, qu’il fallait attendre. Portons donc nos croix en demandant l’aide des autres et surtout l’aide de Dieu et gardons toujours l’espérance que Dieu viendra à notre aide et à notre secours ! 
  • Enfin bien sûr, traîner sa croix, c’est la refuser, c’est ce que Pierre fait dans l’Évangile de ce dimanche. Quand Jésus explique « qu’il va partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup… être tué et le troisième jour ressusciter.  Pierre, le prenant à part, se met à lui faire de vifs reproches ! Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas !» C’est alors que Jésus lui répond sèchement : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensés ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ! » Pierre refuse la croix parce qu’il la voit comme un échec, une déchéance du Christ, une souffrance inutile, alors qu’elle est un don total, un don d’amour, le don total que le Christ fait de sa vie par amour de Dieu, par amour des hommes pour les sauver. Porter notre croix, c’est donc avant tout cela : donner notre vie, toute notre vie aux autres et à Dieu : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi, la gardera. » Portons donc notre croix à la suite du Christ en nous donnant aux autres au lieu de vivre une vie égoïste, en nous donnant à Dieu au lieu de vivre une vie terre à terre. Plus nous nous donnerons aux autres et à Dieu, plus notre vie sera légère à porter et plus nous pourrons rendre grâces à Dieu et au Christ en leur disant comme Jérémie dans la première lecture : « Seigneur, tu m’as séduit et j’ai été séduit ; tu m’as saisi et tu as réussi. »

Amen !

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