Évangile « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
C’était après la mort de Jésus ; le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Homélie du dimanche 24 mai 2026
Fête de la Pentecôte
Ac 2,1-11
Jn 20,19-23
Jésus vient de nous dire : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » « Je vous envoie » : être chrétien c’est être envoyé, ce n’est pas dire comme on l’entend parfois : « Moi, je suis croyant mais ma foi, ne regarde que moi, j’ai ma religion à moi, les autres n’ont pas à s’en mêler ! » Non, ma foi, ça regarde aussi les autres car être chrétien, c’est être envoyé vers les autres pour leur parler de ma foi ; plus j’ai la foi plus j’ai le devoir de parler aux autres comme l’ont fait les apôtres le jour de Pentecôte. Ils s’étaient réfugiés au Cénacle et l’Évangile de ce jour précise : « Les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs… » Ils auraient pu en rester là à garder leur foi en eux mais voilà que le vent, le souffle, le feu de l’Esprit les projette dehors pour qu’ils proclament publiquement leur foi, pour qu’ils annoncent le Christ Ressuscité, pour qu’ils chantent les merveilles de Dieu devant toutes les nations rassemblées à Jérusalem. Si se posent sur chacun d’eux comme des « langues de feu », c’est bien pour montrer qu’ils doivent parler de leur foi, la proclamer haut et fort avec du feu, de l’enthousiasme, avec le feu de Dieu en eux. Sur nous ne se posent pas ce matin des langues de feu mais nous sommes quand même comme les apôtres envoyés pour oser parler de notre foi autour de nous avec du feu dans le cœur, de la joie, de l’enthousiasme.
- Comment parler ainsi de notre foi
Cette semaine une jeune fille de 19 ans m’a téléphoné en me disant : « J’ai retrouvé la foi ; depuis plusieurs mois j’ai redécouvert Jésus, je lis les Évangiles, j’ai fait Carême, je suis vraiment heureuse… mais j’ai un problème mes parents ne sont pas croyants, je voudrais qu’ils se convertissent mais ils ne veulent pas entendre parler de la foi, moi je voudrais leur en parler, comment faire ? »
Parallèlement à cet évènement, j’ai rencontré lundi Damien pour finir sa préparation à la première communion qu’il fera ce soir à Barby. Damien a 40 ans, il est entrepreneur dans le bâtiment, j’ai célébré son mariage en 2018 et cette année il a décidé de faire sa communion parce qu’il a fait tout un cheminement spirituel grâce à sa rencontre avec un chrétien évangélique avec qui il a lié une amitié profonde. Cet ami était un chrétien convaincu qui lui a beaucoup parlé de sa foi et du message de Jésus dans les Évangiles. C’est bien parce qu’ils ont beaucoup parlé ensemble de la foi qu’il s’est mis à lire les Évangiles et qu’il désire maintenant aller plus loin en communiant. Cela montre qu’il faut bien parler avec les autres de notre foi pour qu’ils aient envie d’y adhérer. Comment faire, nous qui n’avons pas le bonheur de voir se poser sur nous les langues de feu de l’Esprit Saint ?
- La première chose à faire, avant de parler de notre foi, c’est de voir si ceux à qui on s’adresse sont disponibles, ouverts, prêts à nous écouter! S’ils sont vraiment opposés à la foi, ne faisons pas le forcing, ne cherchons pas à les convertir, car leur parler de notre foi va les énerver, les indisposer, ils vont se fermer, se durcir encore plus. S’ils sont dans l’indifférence totale ou dans le suractivisme moderne où on s’agite de tous les côtés sans jamais se poser et réfléchir, là aussi ce n’est pas la peine de parler de notre foi car ils ne vont même pas écouter, ils sont dans un autre monde.
Pour bien parler de notre foi et avant même d’en parler il faut d’abord créer avec ceux qu’on rencontre une bonne relation d’amitié, de fraternité. Avec nos amis, avec ceux qu’on connaît bien, on discute de tout, de notre travail de nos activités, de nos projets, de nos principes, de nos valeurs et donc naturellement un jour ou l’autre on parlera de notre foi. Par exemple si demain on rencontre un de nos amis, un de nos proches on va lui dire : « Qu’est-ce qui tu as fait hier ? » Et lui nous dira : « Et toi » On lui dira : j’ai fait ceci… cela… et puis je suis allé à la messe de Pentecôte ! » Alors il nous dira : « Qu’est-ce que ça t’a apporté » ou « pourquoi tu vas à la messe ? Est-ce que tu y vas régulièrement ? » On pourra lui répondre : « Et toi, ça t’arrive d’aller à la messe ? » ou : « Pourquoi tu n’y vas plus ? » À partir de là on verra si cette discussion sur la foi peut aller plus loin comme dans l’exemple de Damien et de son ami. Donc la première des choses à faire pour parler de notre foi, c’est de soigner notre relation avec ceux qu’on rencontre pour créer un climat d’amitié vraie où on parle naturellement de tout !
- La deuxième chose à faire, c’est de poser question à notre entourage pour qu’il nous pose des questions. Si on vit vraiment notre foi en étant à l’écoute des autres, toujours disponibles pour leur rendre service, toujours volontaires pour faire ce qu’ils nous demandent, répondre à leurs appels ; si on est habité par la paix, la sérénité, la joie profonde que nous donne le Christ à nos côtés et même en nous ; si on est solide dans les épreuves de la vie et courageux pour affronter les malheurs qui nous arrivent, bref si on montre tout ce que la foi nous fait vivre, on posera question et inévitablement on nous demandera un jour ou l’autre : « qu’est-ce qui fait que tu es toujours comme ça : serein, calme, paisible, joyeux, confiant ? Qu’est-ce qui t’anime ? Oui c’est l’exemple d’une vie chrétienne vraiment vécue qui pose question et fait poser des questions. C’est ce que j’ai répondu à cette jeune fille qui voudrait que ses parents partagent sa foi : « Commence par bien vivre sereinement ta foi pour que tes parents te posent des questions sur ce qui t’anime… et alors vous pourrez discuter, pour l’instant ils ne sont pas prêts à mon avis ! »
- La troisième chose à faire pour parler de notre foi, c’est de ne pas rater les moments favorables, les évènements qui naturellement posent la question de la foi que ce soit des évènements personnels ou des évènements officiels de l’actualité.
Dans toute vie, il y a des naissances, des mariages, des deuils, c’est l’occasion pour nous de poser à nos proches la question : allez-vous faire baptiser votre enfant, vous marier à l’église, célébrer des funérailles religieuses ? » L’année est balisée dans notre société par de grandes fêtes religieuses : Noël, Pâques, l’Ascension, Pentecôte, le 15 Août, la Toussaint, c’est l’occasion pour nous de poser la question : « Qu’est-ce que cela représente pour toi ? » Automatiquement on nous répondra : « Et pour toi ? » Alors on dira en quoi ces fêtes sont d’abord des fêtes religieuses pour nous ! Et puis l‘actualité régulièrement annonce des évènements religieux, des grands rassemblements, des prises de position de l’Église ou des autres religions sur certaines lois ou décisions gouvernementales, c’est l’occasion de dire à nos proches : « Qu’en pensez-vous ? » Des évènements comme la rénovation de Notre Dame de Paris ou de la visite du pape en France posent à tout le monde la question de la place de la religion dans notre société et donc en chacun de nous, qu’on soit très croyant ou non. Donc saisissons les opportunités, les moments favorables pour parler de la foi !
- Enfin pour bien parler de notre foi, s’il faut d’abord créer une bonne relation amicale avec notre entourage, s’il faut poser question pour qu’on nous pose des questions, s’il faut saisir les moments favorables, il faut enfin et surtout en parler comme je l’ai dit tout à l’heure avec du feu dans le cœur, c’est-à-dire de l’amour pour ceux à qui on s’adresse, de l’amour pour Dieu, pour le Christ, de l’amour pour la vie que la foi nous fait vivre, de la joie intérieure qui rayonne, de l’enthousiasme, de l’envie, de la motivation pour aller de l’avant, pour vivre toujours mieux la foi qui nous anime. Si on veut être écouté, ne parlons pas de la foi en termes de doctrine abstraite ou de morale rabat-joie et contraignante mais comme d’une bonne nouvelle qui libère le meilleur de nous-mêmes et déploie les merveilles de Dieu dans nos vies. Le jour de Pentecôte, toutes les nations rassemblées à Jérusalem s’émerveillaient en disant : « Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu ! » Que le feu de l’Esprit dans nos cœurs nous aide à parler de notre foi quand il faut et comme il faut pour que nos auditeurs en disent autant et trouvent que la foi c’est merveilleux !
Amen !
