Évangile » Nous sommes venus d’Orient adorer le roi » (Mt 2, 1-12)
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
HOMÉLIE
ÉPIPHANIE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST à Saint Offenge en Albanais, le 04/01/26.
Dans la méditation de ce dimanche, je n’ai pas considéré les aspects historique et spatial de la fête de l’Épiphanie pour parler de son contexte d’émergence depuis l’antiquité gréco-romaine.
L’Épiphanie identifiée comme jour d’adoration des mages, a été fixée au 6 janvier en Occident en l’an 350, soit 12 jours après Noël. On la célèbre généralement le dimanche qui suit le 1er janvier. Si en Occident, on célèbre l’Épiphanie qui se réfère à l’adoration des mages, la liturgie en Orient célèbre la Théophanie où la manifestation du Seigneur qui est centrée sur le Baptême de Jésus, lorsqu’en remontant de l’eau, l’Esprit l’investit et il prend procession de sa mission.
Du grec « Epiphaneia », le mot signifie apparition ou manifestation. Pour ne pas être une fête ordinaire, l’église depuis longtemps a voulu donner à cette fête, un caractère solennel et plus important qu’auparavant. En méditant les textes de ce jour, nous comprendrons et recevrons le message particulièrement important.
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2,2). Nous ne savons pas qui sont ces hommes que St Mathieu appelle « mages venus d’Orient », ils sont certainement des sages, des astrologues, en quête de vérité, des personnages dont la liturgie de ce jour leur donne des noms : MELCHIOR, BALTHAZAR et GASPARD qui apportent des cadeaux pour adorer Jésus. Dans tous les cas, ils n’étaient pas Juifs.
La 1ère évidence, c’est que le message du salut parvient aux non-juifs, donc à des « païens » qui ont eux-aussi eu connaissance de la naissance du Sauveur. L’épiphanie est un antidote contre tout repli nationaliste, clanique et égoïste. Elle est la rencontre des autres nations avec Israël peuple choisi, une célébration de l’altérité. Voyez l’annonce de leur venue a bouleversé Hérode parce qu’il a peur, car il est un roi grâce à des compromissions avec les romains. Il doit gouverner d’une main de fer pour se protéger lui-même avec sa nation. Mais le Roi de la crèche dont les mages sont à la recherche, est un Roi qui n’impressionne pas par une puissance éphémère, il ne fait pas peur et ne craint pas, il est source de joie, son pouvoir est éternel. On peut comprendre alors les mots de St Paul dans son épitre aux Éphésiens lorsqu’il disait en parlant des païens, que par la révélation du Mystère de l’Incarnation, « c’est toutes les nations qui sont admis au même héritage… » (Eph 3,5-6). Nous pouvons déjà en tirer une conclusion que si Dieu s’est choisi un peuple à qui il confia ses promesses pour le salut, le peuple Israël qui par analogie s’appelle maintenant Église, ne signifie pas que Dieu néglige les autres peuples. Mais il les éclaire aussi par la Lumière à Le découvrir. Par conséquent, l’action de Dieu peut alors se manifester en dehors de l’Église Institution. Nous pouvons alors nous en réjouir pour ce 1er aspect de l’Épiphanie parce qu’il s’agit de la Révélation lumineuse pour tous. C’est alors une invitation pour chacun d’adorer Jésus en glorifiant Dieu, et accepter que nous sommes des signes de révélation les uns pour les autres, et devons-nous en réjouir…
La Révélation qui est l’étoile qui a guidé les mages jusqu’à retrouver le Roi des Juifs et lui offrir des précieux cadeaux, nous invite aussi à donner ce qui nous est précieux à Dieu : est-ce mon temps, ma richesse et ma vie que je lui présente comme cadeau ? Nous sommes donc appelés et avec humilité à chercher l’Enfant Jésus. Nous venons à la messe presque quotidiennement ou tous les dimanches peut-être, ou comme nous pouvons : mais que venons-nous offrir de notre vie à Jésus dans l’Eucharistie ? Nous pouvons dire enfin que, la fête de l’Épiphanie est celle où Dieu se manifeste à nous dans l’Eucharistie, et ce qui apparaît comme 2è évidence, c’est son caractère constamment renouvelé qui n’est plus réduit à l’aventure des mages venus d’Orient vers Hérode, mais à l’aventure quotidienne de notre Église dont nous nous réjouissons pour être, dans l’offrande eucharistique, l’eau qui se mêle au vin pour la Nouvelle Alliance, un détachement de nous-mêmes dans une attitude de partage qui est la condition en vue du Royaume. Amen !
